Chapitre 2 – Luxure et Perversité

CHAPITRE 2 - LUXURE ET PERVERSITÉ

Publié par Kyuken, le 01 Novembre 2026

Trois rectangles lumineux alignés flottent au-dessus d’une moquette en damier dévorée par une nébulosité artificielle.

Clic clic !

Derrière la transparence du quadrilatère central, des blocs sont en mouvement. Certains apparaissent et d’autres disparaissent comme dans un casse-tête virtuel. Deux disques solidaires dénotent du fond. Ils furetent. À droite, à gauche. Et battent des paupières pour faire le point.

Clic clic clic !

Quatre doigts blancs velus pianotent en rythme des combinaisons de touches, en coordination avec une main droite armée d’un stylet noir qui pointe pour déplacer, modifier ou supprimer les objets sélectionnés.

Clic !

[ ÉCHEC DE LA PROCÉDURE ]

Le Nekomata en imperméable la tête des écrans. Il est assis au bord du sommier flottant en ébène. Il se penche en arrière contre la couche recouverte d’un drap rouge et dirige son regard vers un plafond invisible.

— Elle a profité de la nouvelle Lune pour isoler la Chambre. Deux nuits se sont écoulées pour créer une brèche et obtenir une ligne de transfert restreinte. Il nous reste deux nuits pour lever les sceaux et reconnecter la Chambre au palais. J’espère que ma réserve de cœurs suffira à alimenter mon Autorité. Je n’ai aucune envie de rester emprisonné dans cette bulle dimensionnelle.

Les yeux se ferment. Le torse se bombe. Un, deux, trois, quatre, cinq. Les épaules s’abaissent.

[ DÉBUT DE LA PROCÉDURE ]

La tête se meut. Les mouvements simples et rapides surveillent les trois écrans. Le stylet pointe les variables qui apparaissent en temps réel. Elles sont soumises à l’analyse et à la décision du Scribe pour être classées, corrigées ou supprimées. Et enfin, validées par des pianotements au clavier.

La concentration à son maximum, il n’oublie pas qu’il est en zone hostile. Ses oreilles bougent sous sa capuche pour capter le moindre son. Le dos contre le tissu rouge l’alertera au moindre tremblement suspect.

*******

Au milieu des Ténèbres de la Chambre de la Luxure, les écrans virtuels dessinent la silhouette du Nekomata. Celui-ci se retourne. Mais la lumière émise par son poste de travail n’éclaire guère au-delà de quelques mètres. Cette obscurité est une aubaine, une bonne cachette pour n’importe quelle entité belliqueuse. Sortir de cette zone de confort, c’est se mettre en danger, une permission de chasse irrévocable.

*******

Le chaton en imperméable continue de travailler pour ne pas éveiller les soupçons. Ses sens sont en alerte. Il capte un bruit de frottement. Il se sent surveillé et ses poils s’hérissent, les réactions corporelles annonçant un orage prêt à s’abattre sur son intégrité physique.

Une légère touche sous son oreille droite. Les cliquettements du clavier se taisent net. La tête tourne d’une trentaine de degrés. Sa main droite, d’une flexibilité peu commune, use d’une attaque en éventail pour balayer une large surface dans son angle mort laissant une traînée magenta.

Le petit félin profite de ce répit pour s’éloigner du lit. Ses pattes postérieures sont levées. Les deux grandes mains sont deux queues métamorphosées. La gauche posée au sol lui permet de garder l’équilibre. Tandis que la droite tient le stylet, devenu une épée courte, dont la lame lumineuse lui fait office d’extension offensive.

— Je vous prie de ne pas m’interrompre pendant la levée des sceaux, Maîtresse Helfreija !

Deux feux follets rouges virevoltent dans le fond noir.

— Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas quoi fai-reeeeeeeeuh !

À droite, à gauche. À droite à gauche. Ils avancent jusqu’au setup informatique et le fixent. Un index tendu approche pour transcrire quelque chose sur deux des affichages.

Elle s’assoit en seija. Ses cuisses s’écartent pour laisser placer ses deux mains pour prendre une posture de chatte sauvage à la peau diaphane. Sa poitrine bombée d’orgueil est retenue par un bandeau de tissu à volants. Sa chevelure noire lui permet de faire qu’une avec ce sombre environnement. Elle passe la langue sur les lèvres pour signifier la fin de son ennui.

Quatre ailes qui tiennent plus de tentacules se lèvent derrière sa Maîtresse Helfreija. Une main saisit le rebord du sommier ; puis les pieds se posent de part et d’autre. Le haut du torse dépasse le point d’équilibre. Les jambes se déploient comme des ressorts pour se projeter à travers les moniteurs immatériels, droit vers sa proie.

Câlin plante sa lame dans la moquette, servant à esquiver par un saut en hauteur. Il s’enroule et pivote sur lui-même.

Dans les airs, la tête à l’envers, les yeux dans les yeux, il voit que sa Maîtresse est déjà au sol, sur ses appuis. Ses membres inférieurs se détendent pour rebondir. Helfreija emporte le Nekomata en l’enlaçant dans ses bras et atterrit sur le dos sur le lit après un roulé boulet.

— NYÂCHEZ-MOI ! NYÂCHEZ-MOI !

Il veut s’échapper.

— Ne veux-tu pas rester ici pour toujours avec moi ? J’aime te câliner et te sentir entre mes seins.

— NYÂCHEZ-MOI ! CH’EST CHAT LE PROBLÈME ! MÊME AVEC NIEUF VIES, JE NE POURRAIS JAMIAIS VOUS SATISFAIRE VOTRE APPÉTENCE SEXUELLE SANS LIMITE.

L’étreinte se relâche. Câlin pousse sur ses petites pattes antérieures. Il se sépare du moelleux et du confort de la poitrine maternelle. Il se laisse glisser et tapote son imperméable pour le défroisser avant de remettre sa cravate en place. Il enjambe le bras et retourne en silence à son poste de travail devant ses écrans.

— Câlin ! Tu as raison.

— J’espère que vous n’avez pas … Pourquoi n’avais-je pas vu cela avant ?

Le Scribe tourne la tête et Helfreija hausse les épaules.

— Tu as vu ? Tu as vu ? Je peux t’aider.

— J’admets que … Votre point de vue ouvre à de nouvelles perspectives.

— Tu n’es pas obligé de tout résoudre par toi-même. Je suis désœuvrée depuis que Brynhilde nous a bloqués ici. Je m’ennuie. Et ça manque un peu de pénis au passage.

— Ma condition actuelle ne me permet plus de vous donner du plaisir. Lorsque nous serons sortis, je vous promets de m’occuper de vous d’une autre manière

— C’est vrai ? se réjouit-elle en riotant, accompagnée de petits applaudissements face à l’impassibilité féline qui laisse fuir son regard en bas à gauche.

— Alors qu’attends-tu pour te remettre au travail ?

— Qui my’a interrompu dans mya tâche ? De plus, où est votre jupe ? en pointant avec ferveur de l’index le pubis sans poil à découvert.

— Toujours à dramatiser avec les détails inutiles.

Une réponse digne d’une Déesse facétieuse qui feint une moue et croise ses bras pour ne pas assumer sa faute.

— Détails inyut… ???

Une aile est plaquée contre la bouche de Câlin.

Helfreija s’assoit au bord du lit. Ses jambes enveloppent Câlin de chaque côté. Dans cette position, ses cuisses enveloppent sans gêner la tête aux grandes oreilles.

— La jupe est posée à côté des oreillers. Elle gênait mes mouvements. J’espère que tu apprécies que mon minou serve de repose-tête à un autre minou.

Câlin souffle du nez en se remettant à marquer les symboles et à tapoter sur les touches du clavier pendant que la Déesse lui masse les oreilles.

— Tiens ! Tu peux profiter de l’erreur/faille qui est en haut à droite. Là !

*******

[ VOULEZ-VOUS VALIDER ? ]

[ OUI ]

[ FIN DE LA PROCÉDURE ]

[ ALIMENTATION SECONDAIRE À L'ARBRE-MONDE ACTIVE ]

[ ALIMENTATION DE LA CHAMBRE DE LA LUXURE ACTIVE ]

[ LEVÉE DES SCEAUX ACTIVE ]

[ PONT EINSTEIN-ROSEN ACTIF ]

[ PORTAIL ACTIF ]

Une double porte est apparue sur le mur opposé au lit.

[ OUVRIR LE PORTAIL ? ]

[ OUI ]

Le déclic de déverrouillage sonne la libération. Les sceaux magiques sur les quatre murs, le plafond et le sol disparaissent.

— Nous avons réussi. Nous allons pouvoir sortir.

Câlin se retourne. Il a une vue sur les grandes lèvres inférieures humides. Il se hisse sur la couche et enjambe la cuisse pour se placer à droite de sa Déesse.

— Je suppose que vous vous êtes endormie d’ennui.

Les queues en forme de paluches géantes soulèvent la belle dame pour la border dans une position plus confortable.

— Elle avait dit que la jupe était à côté des oreillers.

Le vêtement est fait d’une seule et unique grande pièce de tissu. Il s’en sert pour la couvrir. Il dégage une mèche pour admirer le doux visage.

— Faites de doux et humides rêves, Maîtresse !

— Fais attention à toi… baragouine-t-elle en retour dans son sommeil.

Il quitte le lit sur des pas de velours. Devant la sortie, le petit Nekomata tire sur la poignée. De la lumière entre dans la pièce. Il jette un coup d’œil vers le lit, franchit le seuil et ferme la porte derrière lui sans la claquer.

Câlin traverse le long couloir éclairé par une lumière tamisée.

À l’autre extrémité, une double porte s’ouvre. Un inconnu masqué aux oreilles de chat arborant un haut-de-forme et un manteau long attend en silence.

— Tendresse, veux-tu bien m’excuser pour mon retard ? J’espère que tu n’as pas trop attendu.

Le grand félin pose la main sur son cœur et se courbe pour saluer.

— Je t’en remercie. Tu peux te reposer.

Le petit frère disparaît dans l’ombre du masque qui se rapetisse en un bijou de cravate pour Câlin.

— Une bonne moisson et une rencontre.

Câlin admire, au milieu de la pièce carrée, un espace recouvert d’humus où trône une sculpture abstraite composée de trois colonnes verticales décorées de tiges croisées et ternies.

Il se tient sur une dalle ; une fenêtre virtuelle apparaît à sa hauteur.

[ ENTRER LE MOT DE PASSE ]

[ ****************** ]

[ ACTIVER L'ARBRE-MONDE ? ]

[ OUI ]

Un Arbre-Monde, l’interface du système, administre le fonctionnement courant du Palais de Naglfar et la vie de ses habitants. Mille feux grimpent le tronc pour atteindre les ramures donnant naissance à des bourgeons qui deviennent des feuilles.

Les cœurs sont la source d’énergie qui alimente ce générateur et la raffine pour la fabrication ou l’utilisation d’Autorités individuelles.

— Schrödinger Katze ! Schaffung ! Drei Cinoamead Xes Yot – Der Rotarbiv !
(Allemand : Chat de Schrödinger ! Création ! Cinoamead Xes Yot – Der Rotarbiv x3 !)

Le sol derrière Câlin se déforme. Trois masses noires aux reflets sanguins s’érigent. Trois diablotins à trois cornes rouges : deux ornant le front et une à l’entrejambe ont été convoqués.

— Steffy, Stiffy, Stuffy ! C’est l’heure du nettoyage ! Nous allons restaurer le Palais.

*******

Fin du Chapitre 2

PARTAGE SUR

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.